JuNet: Éditorial
Cette section sera désormais consacrée aux éditoriaux sur l'actualité canadienne. Pour l'équivalent concernant la France, allez voir Ericsweb. Il y en aura en principe un par semaine. Si vous avez des suggestions de sujet, faites les parvenir à julienm@idirect.com. Je me réserve le droit de réutiliser ce que vous m'écrirez, à moins que vous fassiez explicitement une demande de non-réutilisation.
Cette semaine: la compensation des victimes de l'hépatite C.
De nombreuses personnes ont été infectées par l'hépatite C par transfusion sanguine. Récemment, le gouvernement fédéral a annoncé, en accord avec toutes les provinces (ce qui est déjà un exploit), un plan de compensation des victimes de plus de un milliard de dollars.
Le hic? Seules les personnes infectées entre 1986 et 1990 seront compensées. Apparemment, il est vrai que cela est injuste, sauf quand on se met à regarder les faits: avant 1986, il n'y avait pas de moyen couramment utilisés de détecter l'hépatite C; et en 1990, c'est à dire 4 ans après, on s'est finalement mis à utiliser le test pour les stocks de sang. Il y a effectivement eu une erreur (ne pas utiliser le test) entre 1986 et 1990, et il est logique que les gens infectés pendant cette période soient compensés.
Cependant, les autres (infectés avant 86 ou après 90) se sont mis à demander des compensations. Et ils ne veulent pas des excuses publiques ou qu'on paie leurs médicaments, ils veulent de l'argent. Je ne crois pas qu'ils devraient en recevoir, car cela équivaudrait à compenser quelqu'un qui a mal réagi à un vaccin ou encore quelqu'un qui a reçu ce qui était le meilleur traitement à une certaine époque, mais qui était insuffisant. Et dans ces conditions, le système de santé serait complètement paralysé, faute que les patients acceptent les risques inhérents.
Maintenant, cela ne veut pas dire qu'on ne devrait pas aider les gens infectés avant 86 ou après 90. Je pense qu'on devrait, par exemple, payer les médicaments de ceux qui n'ont pas d'assurance, ou encore leur fournir des soins à domicile. Mais les Canadiens ne veulent pas d'un système de santé à l'américaine où tout le monde peut être poursuivi à tout bout de champ, pour des sommes astronomiques.
De plus, tous les partis politiques d'opposition représentés à la chambre des communes en ont fait leur cheval de bataille: ils s'opposent tous au projet de loi. Les réformistes demandent une compensation pour tous par souci 'd'équité', mais ils seraient les premiers à se retourner en disant que c'est beaucoup trop coûteux et mal administré.
Cette position ne correspond vraiment pas à leur vision du rôle de l'État: ils sont pour un État minimaliste et fort, ils demandent un État providence et pliant à toutes les pressions.
Je suis pour un État qui prend ses responsabilités, et non un État qui doit protéger contre tous les aléas de la vie.
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