JuNet: Éditorial
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Cette semaine: Le Chili, 25 ans après
Il y a aujourd'hui un peu plus de 25 ans, le 11 septembre 1973, un violent coup d'état militaire, mené par le général Augusto Pinochet, met fin aux espoirs d'une grande partie de la population chilienne. Ils rêvaient d'un monde meilleur, plus juste. La réponse à ceci a été les 'disparitions', la torture et la répression étatisée.
Mais pour comprendre le régime du général Pinochet, il faut d'abord parler de celui qui l'a précédé: le gouvernement de Salvador Allende. S. Allende Gossens a été élu démocratiquement en 1970 à la présidence du Chili. Allende voulait faire progresser le Chili, surtout par un programme de nationalisations et de réforme agraire. Mais il se heurta à la fois à la résistance de la droite et à celle de la gauche radicale. Son programme de nationalisations fit peur aux intérêts américains, comme Placer Dome. De plus, le programme économique d'Allende tourna assez vite à la catastrophe (inflation galopante...), en partie à cause d'un embargo américain injustifié, mais aussi à cause d'une mauvaise gestion. La CIA en profita et pilota le 11 septembre 1973 un coup d'État mené par le général Pinochet. Allende préférera se suicider plutôt que s'enfuir. Le lendemain, la poussière retombe et le Chili est ce qu'il restera pendant 17 ans: une dictature militaire.
Le régime de Pinochet est essentiellement un régime de répression. Torture, emprisonnement sans procès des supposés ‘communistes' ou ‘subversifs', bref tous ceux qui ne plaisaient pas à ce 'cher Auguste' (eh oui, il y a encore des gens au Chili qui ont l'air de le trouver sympathique). Pendant les 17 ans de pouvoir de Pinochet, entre 2000 et 4000 personnes auraient étés torturées et/ou assassinées. 'La lutte anti-subversive la moins meurtrière de l'Amérique Latine à cette époque' s'enorgueillissent certains. Il n'y a pas de quoi être fier.
En 1990, Pinochet laisse finalement sa place au pouvoir civil et élu. Mais il s'assure de l'impunité en restant chef d'état-major et en imposant une constitution qui fait primer le pouvoir militaire sur le pouvoir civil. Au printemps 1998, il quitte son poste pour devenir sénateur à vie (non-élu). Les manifestations des parents des ‘disparus' continuent et Pinochet reste intouchable. Tout le monde croyait qu'il allait mourir dans son lit.
Mais voici qu'il a commis l'erreur d'aller dans un pays plus démocratique que le pays dont il a écarté des ‘démons rouges'. Pendant qu'il était en Angleterre pour subir une opération au dos, l'Espagne demande officiellement son extradition pour la torture de citoyens espagnols pendant son régime. L'histoire le rattrape. Emboîtant le pas, la France demande son extradition, et il est question que la Suisse, les États-Unis et le Canada fassent de même. Voici que la Chambre des lords (marxiste comme nous le savons tous) refuse l'immunité diplomatique à Pinochet en concluant justement que la torture ne constitue pas un acte d'état. Pinochet pourra donc être extradé pour subir un procès juste, celui justement qui avait été refusé à ses victimes.
Les personnalités s'en mêlent. Margaret Thatcher, ancienne Premier ministre britannique, écrit que l'on doit laisser tranquille son copain Pinochet. Après tout, il a fait triompher la loi du marché contre les démons marxistes. Eh bien non Maggie, la fin ne justifie pas toujours les moyens. Sans parler de l'éditorialiste Frum (du National Post, journal canadien) qui sort des ‘nouveautés' sur l'époque d'Allende. Les communistes chiliens auraient demandé de l'aide à l'URSS. Quelle surprise! Et, comme nous le savons tous, communistes et socialistes et d'ailleurs tout ce qui n'est pas réac, c'est tout pareil.
Personne au Chili ne s'attendait à cette décision de la Chambre des lords. Certains fêtent, d'autres pleurent. Ceux qui fêtent voient enfin la possibilité que justice soit faite. Ceux qui pleurent taxent tous ces états marxistes, comme le Royaume-Uni et l'Espagne, de complot. Certains portent des pancartes avec la photo de Pinochet qui disent: inmortalidad. Immortalité. Il est pourtant très mortel. Et il sera jugé.
Il reste à espérer que Pinochet sera extradé en Espagne, puis promené de pays en pays pour subir des procès pour tous les gens qu'il a fait assassiner. Une fois que ce sera fini, il moisira jusqu'à la fin de ses jours, du moins je l'espère, dans une prison, et de préférence pas dans un palais. Je vais faire une suggestion à la communauté internationale: ne pas l'emprisonner dans ‘le paradis des travailleurs' mais plutôt dans une prison dans un état encore plus marxiste comme le Canada ou la France. Je suis sûr que ses petits amis au Chili nous en seraient éternellement reconnaissants. En fait, eux peut-être pas; mais certainement la majorité des Chiliens. J'en suis convaincu, le gouvernement chilien proteste pour la forme et ce n'est certainement pas une expression de la volonté générale.
Encore un conseil aux dictateurs, apprentis-Hitlers ou Mussolinis de carnaval: terrez-vous dans vos trous. La décision de la Chambre des lords est là pour rester. La force d'inertie des démocraties est beaucoup plus grande que tous les dangers ‘subversifs' que vous pourrez inventer.
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