JuNet: Éditorial


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Cette semaine: Le passé des Balkans


Cet éditorial est le premier d'une série de trois qui s'appelle "Les Balkans, passé, présent et avenir". Bonne lecture!

Les Balkans, 'poudrière de l'Europe'. Un nombre impressionnant de cultures se côtoient sur un petit territoire: Serbes, Croates, Bosniaques, Albanais... d'où d'ailleurs le mot ‘balkanisation'. Pour comprendre l'avenir possible des Balkans, il faut se tourner vers le passé.

Siège au XIXe siècle de luttes d'influences entres Russes, Austro-hongrois et Ottomans, les Balkans retrouvent en grande partie leur indépendance à partir de 1870. Mais cette région n'en demeure pas moins extrêmement instable et vecteur d'instabilité en Europe: c'est un assassinat politique à Sarajevo (celui du duc François-Ferdinand, héritier de la couronne d'Autriche-Hongrie) qui marque en 1914 le début de la Première guerre mondiale.

Le Traité de Versailles de 1919 regroupe la partie la plus ‘balkanisée', fragmentée, des Balkans, dans un royaume nommé un peu plus tard la Yougoslavie, ou grosso modo ‘Union des Slaves du Sud'. L'entre-deux guerre n'a pas laissé de traces marquantes dans les livres d'histoires à propos de cette région.

En 1941, l'Albanie et la Yougoslavie sont envahis par l'Allemagne. Ce sont d'ailleurs les deux seuls pays européens libérés des allemands uniquement par la résistance intérieure. Dans ces deux pays, ce sont d'anciens résistants communistes qui se retrouvent à la tête: Josip Broz Tito en Yougoslavie (au terme d'une mini-guerre civile contre les monarchistes) et Enver Hoxha (prononcé ‘hodja') en Albanie. Les deux pays se distanceront de l'URSS et suivront des modèles auto-centrés pour se développer.

Les régimes communistes d'inspiration stalinienne de ces deux pays suivront le reste du Bloc communiste dans au moins un domaine: le traitement des ethnies minoritaires. Peu importantes en Albanie, les ‘ethnies' forment en Yougoslavie la totalité de la population, vu que cet État est une mosaïque ethnique. En Yougoslavie, les différentes ethnies sont écrasées par le pouvoir central et le Parti communiste. Mais cette apparente uniformité ne fit pas long feu. Tito meurt en 1980, Hoxha en 1985, et les régimes tombent à la faveur de la chute du mur de Berlin.

En effet, la démocratie chancelante qui émerge en Yougoslavie vers 1990 est incapable de concilier les différentes ethnies qui s'affirment d'une manière croissante. En 1992, l'ensemble des anciennes républiques fédérées de Yougoslavie déclarent leurs indépendance (sauf le Monténégro, qui reste uni à ce qui s'appelle toujours la ‘République fédérale de Yougoslavie', en fait la Serbie). Pour la Macédoine et la Slovénie qui ont des populations relativement homogènes, les troubles sont de courte durée. En revanche, la Serbie mais surtout pour la Croatie et la Bosnie-Herzégovine sombrent dans la guerre civile. Les bosniaques musulmans, croates catholiques et serbes orthodoxes s'entre-déchirent pour le contrôle de la région. Et comme dans toutes les guerres civiles, il n'y a pas de front bien défini, beaucoup d'enclaves (les plus connues étant Sarajevo, Tuzla, Gorazde, Srebrenica, Zepa et Bihac, toutes des enclaves musulmanes en Bosnie), et beaucoup de populations, voir de villes (Mostar par exemple) qui s'entre-déchirent. Les déplacements de populations sont quotidiens et le ‘nettoyage ethnique', pratiqué surtout mais pas exclusivement par les Serbes, fait son apparition. La guerre tourne d'abord à l'avantage des Serbes, disposant de l'essentiel du matériel de l'ancienne armée yougoslave. À leur apogée, ils contrôlent 30% de la Croatie (zone dans laquelle ils formèrent la république autonome auto-désignée de Krajina) et 70% de la Bosnie. Mais en 1995, une contre-offensive des Croates (armés par les Américains) et des bosniaques musulmans libère la Croatie et fait reculer considérablement les Serbes en Bosnie.

Fin 1995, la paix est finalement conclue en Bosnie grâce aux accords de Dayton et de Paris, grandement facilités par les Américains. À noter que l'ONU a été complètement impuissante dans ce conflit, ne pouvant ni amener la paix, ni même assurer la sécurité des civils sur le terrain, pendant la prise de l'enclave de Srebrenica entre autres. C'est donc la SFOR qui est déployée en Bosnie pour maintenir la paix: les troupes sont fournies par l'OTAN, mais sont sous commandement onusien. À partir de 1995, l'accord politique de Dayton rend un peu de stabilité à la région, avec comme principaux garants Franjo Tudjman (président Croate), Slobodan Milosevic (président Serbe) et aussi Aliya Izetbegovitch (président des bosniaques musulmans). Un plan de partition de la Bosnie a été accepté: il donne 49% du territoire aux Serbes bosniaques et 51% à la fédération Croato-musulmane de Bosnie. Le système politique de Bosnie ne fonctionne pas très bien encore aujourd'hui, mais au moins la paix est revenue, après plusieurs centaine de milliers de morts.

Puis l'année dernière (1998), après 3 ans de paix relative dans les Balkans, un nouveau conflit se dessine: la majorité ethniquement albanaise du Kosovo, province du sud de la Serbie à laquelle Belgrade a retiré toute autonomie en 1989, réclame son indépendance.

Il est utile de noter que l'Albanie, qui confronte en quelques sortes le rêve de la 'grande Albanie', à celui de la 'grande Serbie', est depuis plusieurs années dans un État de semi-anarchie, et est aujourd'hui de loin le pays le plus pauvre d'Europe.

En 1998, les kosovars, fatigués de l'absence de résultats sur le plan politique (avec leur chef modéré Ibrahim Rugova), prennent les armes. C'est le début de la guérilla intensive de l'UCK (prononcé ou-ché-ka, en français ALK, Armée de Libération du Kosovo), qui harcelle l'appareil de pouvoir Serbe, c'est-à-dire l'armée et la police. Sous prétexte de protéger la minorité Serbe (10% de la population) du Kosovo, et aussi parce qu'il s'agit historiquement du ‘berceau de la Serbie', le pouvoir de Belgrade enclenche en 1998 une répression active, alors qu'elle avait été plutôt latente dans les années qui avaient précédé. Les massacres de supposés ‘terroristes' (dont de nombreux enfants) ethniquement albanais se suivent et se ressemblent. La communauté internationale réagit et demande l'arrêt des massacres et la conclusion d'un accord politique sur le Kosovo entre Belgrade et les kosovars albanais. L'UCK signe l'accord de Rambouillet (mars 1999), mais les Serbes refusent et la répression s'accélère au Kosovo.

Toutes négociations rompues et les résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU étant ignorées par Belgrade, l'OTAN prend alors une décision sans précédents: celle de conduire une action militaire contre la Serbie dans le but de mettre fin aux atrocités au Kosovo.

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